En sillonnant la ville, on voyait bien que cette élection se déroulait dans l'indifférence. Il a fallu attendre 10 heures pour voir les rues s'animer quelque peu, mais les habitants ne se bousculaient pas. Aucun commentaire, si ce n'est celui de ce jeune « c'est un non-événement », ou de cet autre « pour qui voter ? On ne nous donne pas le choix si ce n'est voter Bouteflika, alors je ne vote pas ».
Plus loin, des hommes d'un certain âge, commentait l'interdiction du dernier numéro de l'express, à cause d'un article sur Bouteflika et son entourage. Certains ont pu lire l'article en question en ligne, ceux qui sont abonnés à Assila Box. Pour les abonnés d'Algérie télécom il y a eu également censure.
Les rues étaient presque toutes désertes. Devant les bureaux de vote, ça ne se bousculait pas non plus. En s'y attardant, on pouvait apercevoir quelques vieilles et des vieux y rentrer ou y sortir. Il était 11H, des intrusions dans quelques bureaux de vote, montrait bien qu'il n'y avait pas de chaînes. Ça parlait entre autre de l'absence des représentants des candidats, il n'y avait que ceux de Bouteflika. Et ceux de Louisa Hanoun dans certains bureaux des chefs lieux. La presse en ligne parlait de l'absence de ces représentants à travers toute la wilaya. Tout comme à Sidi Bel Abbes où seuls ceux de Bouteflika étaient tous là.
Cette situation anormale était une aubaine pour les partisans de Bouteflika, la voie était libre pour bourrer les urnes. On rapporte aussi le saccage de plusieurs bureaux de votes et des urnes incendiées à Bouira, Kabylie du sud. Un délégué du mouvement citoyen a été arrêté.
A 15H on a constaté un peu plus de mouvement devant les bureaux de vote, surtout des femmes. Les motivations des uns et des autres étaient différentes, « Sait-on jamais, demain on me réclamera la carte d'électeur quand je solliciterai un document », « Moi je suis un jeune fonctionnaire, j'ai attendu des années ce poste et je n'ai pas envie de le perdre». Les réflexes des années 70 et 80 sont de retour. Souvenez-vous de ce temps où l'on réclamait la carte de vote dans les administrations. Il est vrai que des rumeurs ont circulé cette semaine, sciemment, pour faire peur aux gens (licenciements, refus de délivrances de documents administratifs etc). Les jeunes du pré emploi ont été plus particulièrement sensibles à cette rumeur.
A 16 H, les rues commençaient à être désertées, les citoyens n'affluaient toujours pas vers les bureaux de vote. On aura surtout remarqué, une forte présence policière devant les bureaux.
Le ministre de l'intérieur a annoncé à 18h, que le taux de participation nationale a dépassé les 62%. En attendant de nous jeter à la face, en précisant bien que c'est l'événement de cette élection, une participation significative des kabyles. Selon le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) qui a mit an place une évaluation du taux de participation, Zerhouni délire d'heure en heure. Le véritable chiffre qui est parvenu à 17H30 au ministère de l'intérieur est de 23,69% de participation. La panique s'est alors emparée des tenants du pouvoir, qui sont tombées d'accords pour le gonfler et l'amener entre 69% et 72%. Selon l'évaluation du RCD qui a ciblé un échantillon de 58 centres de vote, la participation était de 16, 73% à 16H. Il cite l'exemple de Tlemcen où elle était de 13,28% à 15H et de Bel Abbes à 17,33% à la même heure. Qu'elle aille jusqu'à 23,69% à 17H30 semble donc fort plausible et logique. Le RCD relève par ailleurs plusieurs irrégularités qui prêtent vraiment à rire ou peut être à pleurer... Pauvre Algérie!


